Chroniques du lundi

(Publiée le 15 avril 2013 par Margot Bruyère)

Molière et la concaténation

La concaténation qui vient du latin « cum » (avec) et catena (chaîne, liaison) est l’action de mettre bout à bout au moins deux chaînes.

N’étant pas grammairienne, j’avoue n’avoir jamais utilisé ce mot pour désigner une figure de style. Mais, tout comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, j’ai fait de la concaténation en l’ignorant.

Si vous aussi ignorez le terme et ce qu’il représente, en voici une démonstration éblouissante faite par Molière qui, dans Don Juan, met bout à bout une kyrielle de chaînes:
« Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se brise; et comme dit fort bien cet auteur que je ne connais pas, l’homme est en ce monde ainsi que l’oiseau sur la branche; la branche est attachée à l’arbre; qui s’attache à l’arbre, suit de bons préceptes; les bons préceptes valent mieux que les belles paroles; les belles paroles se trouvent à la cour; à la cour sont les courtisans; les courtisans suivent la mode; la mode vient de la fantaisie; la fantaisie est une faculté de l’âme; l’âme est ce qui nous donne la vie; la vie finit par la mort; la mort nous fait penser au Ciel; le ciel est au-dessus de la terre; la terre n’est point la mer; la mer est sujette aux orages; les orages tourmentent les vaisseaux; les vaisseaux ont besoin d’un bon pilote; un bon pilote a de la prudence; la prudence n’est point dans les jeunes gens; les jeunes gens doivent obéissance aux vieux; les vieux aiment les richesses; les richesses font les riches; les riches ne sont pas pauvres; les pauvres ont de la nécessité; nécessité n’a point de loi; qui n’a point de loi vit en bête brute; et, par conséquent, vous serez damné à tous les diables. »

Molière savait-il ce qu’est une concaténation ?


Retour Commentaire
 Molière et la concaténation (Margot Bruyère, 15-04-2013)