Chroniques du lundi

(Publiée le 8 octobre 2006 par Margot Bruyère)

Le philosophe et l'escalier

C'était un déjeuner de famille. Je me trouvais assise à côté d'un mien cousin qui, depuis sa tendre enfance, possède une âme de philosophe, c'est-à-dire dénuée de sentimentalité excessive; ceci lui avait valu cette réflexion de sa mère: "Tu as un cœur de pierre" lorsqu'il était adolescent.

Une douzaine de lustres plus tard, le dit cœur donne des signes de fragilité et mon cousin prétend que la pierre ne devait pas être de très bonne qualité.

Changeant de sujet, il me racontait comment il venait d'aménager un vieux hangar en une sorte de belvédère qui domine un petit port du Finistère et offre un panorama de toute beauté. Je m'inquiétais:
— Comment feras-tu, lorsque tu ne pourras plus monter ton escalier de meunier?
Il repoussa d'un geste cet argument fallacieux et répondit:
— Un autre le montera, voilà tout!
Et je pensais à ce tableau de Rembrandt où le philosophe, méditant dans la lumière rayonnante d'une fenêtre, dédaigne superbement l'escalier tortueux qui s'enfonce dans la pénombre.


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 Le philosophe et l'escalier (Margot Bruyère, 08-10-2006)