Chroniques du lundi

(Publiée le 14 mai 2007 par Margot Bruyère)

Auprès de mon arbre

J'ai récemment rencontré une très vieille dame qui n'a jamais, jamais quitté la maison où elle est entrée comme "petite bonne", il y a plus de 75 ans. Comment cela a-t-il pu se faire? Rose me l'a raconté, tout simplement: elle était entrée au service d'un médecin de campagne à l'âge de 12 ans. Quand ce médecin a pris sa retraite, il a cédé son cabinet et sa maison à son successeur… ainsi que la petite Rose. Dans ce temps-là, et dans cette campagne-là, on était fidèle à ses engagements. Le nouveau patron a assumé la responsabilité de Rose qui est restée dans la famille jusqu'à la mort du médecin… et même au-delà! Car, par testament, cet honnête homme a stipulé que, tant que Rose vivrait, elle demeurerait dans cette maison où rien, absolument rien, ne devrait être changé. La succession attendra.
"Je suis heureuse, ici, m'a déclaré Rose en s'enfonçant voluptueusement dans son fauteuil, et je ne veux pas aller ailleurs. Je n'ai jamais voulu aller ailleurs".
Je suis restée coite, à la fois admirative devant un tel sens du bonheur tranquille et étonnée de ce manque de curiosité et d'appétit de vivre.
"Auprès de mon arbre, je vivais heureux" chantait Brassens. Rose n'a jamais quitté le sien.


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 Auprès de mon arbre (Margot Bruyère, 14-05-2007)